
Le grand principe du multicouche, consiste à jongler avec 3 épaisseurs de vêtements pour affronter tous les types de climats, couche 1: sous vêtement technique d'évacuation de la transpiration, couche 2 : épaisseur plus importante pour produire de la chaleur, couche 3 : protection des agressions climatiques externes, pluie, neige et vent.
Pour
rappel dans l'article consacré au textile de 1 er couche nous avons abordé
les sous vêtements techniques dont le but était d'aider au transfért
de l'humidité produite par le corps. Ces sous vêtements techniques
n'apportent que peu de chaleur, là n'est pas leur but, en conditions
plus fraîches ( altitude, passage de cols, hiver...) le corps ne peut
produire assez de température que pour se maintenir à un fonctionnement
idéal, c'est là qu'entre en scène notre textile de 2 em
couche.
Tout comme les sous vêtements techniques, cette couche 2 devra évacuer votre transpiration et sécher rapidement, elle aura le rôle supplémentaire de maintenir l'énergie calorifique produite par le corps dans des proportions raisonnables. Pour ce faire, le produit le plus connu est le pull communément appelé " polaire ". Tout comme pour la 1 er couche, on bannit le coton et autres fibres naturelles au profit du synthétique.
les pulls polaires sont souvent portés, à la ville, à l'école, au travail, en montagne mais peu connaissent leur histoire, leur mode de fabrication, les différents tissus disponibles, ou les autres éléments qui peuvent convenir comme couches d'isolation thermique. Cet article va quelque peu éclairé les lanternes de la couche consacrée à la chaleur.
L'HISTOIRE :
Le mot "
vêtement polaire " apparaît en 1976 sous l'enseigne d'une marque
appelé North Cape. En Scandinavie Helly Hansen fabrique déjà
les vêtements en polaire depuis quelques années, pas encore sous
cette appellation, mais le produit existait sous une forme efficace mais très
inesthétique.
En 1977 Patagonia apparaît sur le marché avec la " fourrure polaire ", le look et l'efficacité commencent à être mis en avant et l'on parle de technicité pour la première fois dans le monde du textile de montagne. Mais la marque Patagonia qui est à la randonnée ce que Lacoste est au tennis reste très onéreuse pour l'époque. Le succès du produit reste inaccessible au plus grand nombre... ( on reviendra ultérieurement sur les produits Patagonia ).
Le gros " boum " du pull en fibres polaires survient en 1979 sous l'égide de la marque " THINK PINK ", pionnier en la matière il flaire un marché juteux. La marque italienne sort sur le marché au bon moment toute une collection de sweats polaires disponibles dans une large palette de couleurs. Les polaires s'arrachent, tout le monde veut la sienne, le confort du tissu, sa chaleur, sa légèreté, sa douceur font gagner le pari tenu par Think Pink.
Face à ce succès, d'autres fabricants se tournent vers ce nouveau produit en insistant de plus en plus sur l'aspect technique. Les pulls de laine et les fibres naturelles font place au synthétique, Berghaus, Lowe Alpine et North Cape sont les premiers, Mac, Aigle, Bermudes, Millet, Francital, Eider suivent pour la France. La société Mac sera début des années 80 le précurseur du principe du multicouche.
C'est l'entreprise " Malden Mills " au U.S.A. qui fournit et fabrique le tissu polaire qui finira dans les ateliers des différents concepteurs de vêtements. Le label "POLARTEC " voit le jour en 1991. Face à la grande vogue, beaucoup d'imitation naissent, mais seuls les vêtements estampillés du label de Malden Mills sont de véritables polaires et garantissent tout ce que l'on est en mesure d'attendre d'un tel produit. Seul le synchilla de Patagonia peut se permettre de rivaliser avec Polartec et l'Aleutian de Lowe Alpine ( qui soit dit, est fabriqué par Malden Mills ).
PRINCIPE DE LA FIBRE POLAIRE
Tout comme les vêtements synthétiques de 1er couche, il s'agit
de fibres plastiques creuses. L'épaisseur est plus importante et les
fibres plus grosses. Le canal de chaque brin permet de continuer le travail
fourni par la première couche en évacuant vers l'extérieur
la transpiration et la condensation. La polaire est entièrement hydrophobe,
reste chaude et douce même mouillée et sèche très
rapidement. La grosseur du canal permet également d'emprisonner une certaine
quantité d'air qui jouera un rôle d'isolant. C'est le même
principe pour le multicouche, emprisonner différentes couches d'air successives
par plusieurs couches de vêtements. Chaque couche d'air sera un isolant
... un peu comme une fenêtre double vitrage. en d'autres thermes, pour
s'isoler du froid il vaut mieux plusieurs couches de vêtements fins, qu'une
grosse couche, de plus c'est modulable à souhait.
LES TYPES DE POLAIRES : LA POLARTEC DE MALDEN MILLS.
Les 3 types de polaires les plus connus sont le 100, 200 et 300, il s'agit du gramage au mètre carré. Fiabilité et polyvalence, ces tissus sont fabriqués par Malden Mills.
Le Polartec 100
est plus souvent utilisé directement sur la peau ou sous une combinaison
de ski. Fin, léger et chaud ce tissu sera également employé
pour la conception de chemise, cagoule, écharpe et pantalon. Idéal
à porter lors d'activités intenses comme le ski ou la course à
pied, convient également comme vêtement à porter à
l'intérieur.
Le Polartec 200 est le plus courant, 2 fois plus épais que le 100, il est utilisé principalement pour les pulls, blousons, bonnets et gants. Il sera agréable par temps froid sous une veste ou comme pull de soirée à la terrasse ou le soir au refuge .
Le Polartec 300 devient plus rare, plus épais que le 200 et d'un aspect " mouton " on le retrouve en forme de veste. Trop chaud et trop gros que pour être utilisé en combinaison avec une veste Gore, il sera l'idéal pour les régions froides, non venteuses et non humides. Ce tissu évacue moins bien la transpiration.
Conseil : Il vaut mieux disposer d'une couche en Polartec 100 et une en 200, vous gagnerez en polyvalence.
La Polartec Wind Stopper : Le tissu polaire n'est pas imperméable (
ouf ! ), il n'est pas non plus coupe-vent. Une polaire avec une membrane appelé
Wind Stopper, permettra de ne pas laisser le vent pénétrer lors
par exemple du passage d'un col et elle rendra également la veste légèrement
imperméable à une petite bruine de courte durée. La veste
garde ses propriétés respirantes mais son poids est plus élevé
( comme le prix ). Autre avantage du Wind Stopper, outre le fait que vous pourrez
porter votre polaire sans devoir sortir la 3 em couche chaque fois que le vent
se lève, la membrane se comporte comme une doublure à l'intérieur
de la veste, les autres couches de vêtements glissant bien en dessous,
et le surplus de fibres polaires ne sera pas abandonné sur le tissu de
votre 1er couche. Ce type de polaire est conseillé à tous ceux
qui pratiquent des activités d'extérieur et qui ne veulent pas
s'encombrer d'une couche de protection supplémentaire contre les intempéries.
Le Powerstretch : Tissu synthétique dense, chaud et élastique qui remplit le rôle de 1 er et de 2 em couches à la fois. On le porte directement sur la peau. Ce type de tissu convient pour des températures entre -5 et 20 ° ou sous une couche de duvet pour les températures extrêmes. La face extérieure est un jersey de nylon et l'intérieur un velours de polyester court. Le lycra procure une extensibilité de plus de 60 % pour permettre de bien s'adapter au corps.
LE SYNCHILLA
Exclusivité de Patagonia et pionnier dans la polaire. Le Synchilla est la meilleure fibre polaire que l'on puisse trouver, sa résistance à l'usure du temps est supérieure à ses concurrentes, elle garde ses propriétés et un aspect neuf beaucoup plus longtemps que toute les autres polaires. Fabriqué à partir de bouteilles plastiques recyclées le Synchilla existe maintenant dans une multitude de modèles diffèrents mais uniquement chez Patagonia et à un prix bien plus élevé que les produits Malden Mills. Il faut compter environ 120 € pour une polaire de marque Patagonia.
Le principe de fabrication du Synchilla : les bouteilles plastiques après collecte sont coupées en menus copeaux. Ces petits morceaux sont nettoyés, puis fondus. Le plastique en fondant est transformé en fils ultra fins, et c'est avec ces derniers que l'on fabrique un pull polaire qui sera 100 % synthétique, recyclé et hydrophobe.
L'ALEUTIAN
Exclusivité de Lowe Alpine fabriqué en collaboration avec Malden Mills, son principal atout est son excellent rapport qualité prix. Réalisée sur le principe de 2 faces de tissu différentes, la face extérieure du tissu offre une contexture courte pour une meilleure résistance à l'usure et aux intempéries. La face interne a une finition plus longue ce qui retient mieux l'air que les fibres traditionnelles et produit un meilleur isolant. L'Aleutian existe en différentes variantes, de 255 à 375 gr par M², en version Axis qui est un velours de polaire encore plus chaud pour conditions extrêmes, l'Aleutian cord plus mode et d'un aspect différent, l'Aleutian Grid est quant à lui très léger et sert principalement à la fabrication de chemises ou de simples sweats.
ARTICLES
On peut trouver la matière polaire sous différentes formes ( et nom ). La
principale sera le pull, celui ci peut être sous la forme d'une veste
avec zip complet, avec manches ou sans manche, d'un sweat avec demi zip appelé
" pull-on", ou d'un sweat ras de cou. La veste polaire peut également
se trouver directement dans la veste Gore, un système de double zip permet
de la rendre solidaire de la 3em couche, c'est ce que l'on appelle le système
3 en 1 . Des renforts en Kevlar ou en Cordura peuvent être ajoutés
sur les épaules et les coudes, les pulls polaires ne sont pas destinés
aux frottements des sangles d'un sac à dos ou à l'abrasion d'un
rocher, les renforts éviteront une usure précoce aux endroits
stratégiques. Les zips sous les bras sont une option pas vraiment intéressante,
si la température et votre taux de transpiration augmentent il vaut mieux
retirer une couche !

Le pantalon en polaire sera agréable lors d'activités en conditions
froides ( inférieures à - 05° ). Pour vos jambes en temps
normal et lors de température positive un simple pantalon de toile ample
en coton, un short ou un collant conviendront. Lorsque le thermomètre
descend sous la barre des 0 degré, on peut rajouter un pantalon en textile
technique et léger de 1er couche, le pantalon en polaire viendra s'intercaler
entre ces deux couches lors de conditions très froides, généralement
en haute montagne ou à l'un des deux pôles de la planète.
Le surpantalon, viendra en plus lorsque les éléments climatiques
se déchaînent. Cet élément sera vu plus en détail
dans notre prochain chapitre.
La polaire existe aussi dans les accessoires comme les gants, très chauds ils conviendront pour toute expédition sous la traditionnelle moufle. Le bonnet de polaire sera efficace léger et confortable, l'écharpe sera peut-être un rien trop chaude. On retrouve depuis peu la polaire dans l'intérieur des sacs de couchage, confort et chaleur garanties mais le gain de poids également. Un " sac à viande " en polaire pourra augmenter la température négative d'un sac de plus de 10°. L'intérieur des cols de veste est parfois fabriqué en polaire, confort et chaleur mais une mauvaise résistance aux frottements et à l'usure du temps ( boulochage ).
IMITATION
Le succès de la polaire entraîne un effet pervers, on en trouve partout et à tous les prix, les supermarchés vous offrent des soi-disantes polaires à moins de 25 €, ces " polaires " ne correspondent en rien à toute la technicité expliquée et les principales caractéristiques de la fibre sont inexistantes sur ces produits blancs. 1 ou 2 sorties, quelques lavages et vous voilà avec un vêtement qui a perdu tous son aspect soyeux, déformé, voire une " loque ". Le boulochage sera plus important, ces petites boules empêcheront la veste de sécher rapidement et retiendront la transpiration ( tout l'inverse de l'effet recherché ). Ce type de produit sera l'idéal en terrasse et le soir au coin du feu.
Pour choisir votre polaire prenez une marque connue et réputée, cherchez en cas de doute le label de Polartec ( 3 triangles rouges sur fond noir sur une étiquette à l'intérieur du vêtement ). Si tout les tissus à l'état neuf présentent le même aspect, une polaire pour moins de 45 € est à prendre avec une grande circonspection, une polaire de piètre qualité ne s'observera qu'après utilisation et lavage.


D'autres matières que la polaire peuvent bien évidement être employées pour la 2 em couche de chaleur. La laine tout aussi chaude sera confortable et bien plus résistante dans le temps que la fibre polaire, son pouvoir d'absorption de l'eau est un peu plus élevé que la fibre synthétique mais tout comme la polaire, la laine reste chaude même mouillée. Son principal désavantage sera le poids.
Le duvet sera probablement la couche de chaleur la plus attractive, légère,
confortable, compressible, très chaude... elle conviendra dans tous les
cas où l'on n'évolue pas dans des conditions d'humidité
trop importantes. Le duvet craint l'eau. Les anciens anoraks en duvet bon marchés sont
imperméables mais non respirants. La chaleur reste bien près du
corps mais toute l'humidité de ce dernier également, ce qui n'est
pas le but
recherché par le principe du multicouche. Ils conviendront
pour la ville, le ski ou les soirées fraîches au refuge ou au bivouaque, ils ne
conviendront pas pour les activités physiques intenses.

En 1996 les laboratoires
Gore-Tex se sont penchés sur le problème et ont sorti sur le marché
le DRY-LOFT, il s'agit d'un tissu Nylon imperméable et respirant prévu
pour contenir le duvet. Les vestes en Dry-Loft ( ou sous d'autre appelations depuis peu ) ... restent onéreuses, difficile à trouver sur le marché et ne
sont disponibles que dans certaines marques spécialisées montagne.
Le
choix de ce produit est judicieux car il prend beaucoup moins de place dans
le sac à dos, de plus un anorak duvet peut jouer le rôle
de 2 em couche et de 3 em couche à la condition de ne pas être
dans un déluge d'eau, le Dry-Loft à une imperméabilité
limitée au raisonnable ! Ces vestes en duvet sont disponibles en différentes
épaisseurs, les plus fines seront souvent compatibles
avec le système de zip interne des vestes de protection en Gore-Tex produites
par les mêmes marques. Une veste duvet sous une veste Gore sera d'un rapport
poids - chaleur plus intéressant qu'avec une polaire, mais nous ne vous
conseillons ce couple que par des températures négatives. Les
vestes duvets plus épaisses sont prévues pour être employées
seul dans des régions froides et aux taux d'humidité faibles,
( montagnes, pays nordiques, pôles, expéditions...). La couche
de duvet interviendra également dans le système 6 couches d'expédition
sous la forme d'une combinaison intégrale, réservée au
Sumiters des 8.000 mètres. Si l'on reste inactif, le duvet apportera
plus de chaleur que la fibre polaire.

Mais avec autant de louange pour le duvet pourquoi le marché se rue-t-il
encore sur la polaire... il y a avant tout l'effet mode, l'époque de
la doudoune qui fût très présente dans les années
80 est quelque peu révolue, l'apparence du
bonhomme Michelin ( ce dernier
ne fut pas une pub pour les articles en duvet), n'est plus appréciée
par la population. Le prix est également une des principales raisons.
On a 4 polaires pour une bonne veste en duvet ! L'entretien est plus laborieux
que pour un pull polaire. Toutes
ces remarques contribuent en la défaveur du duvet, seule une petite quantité
de la population continue à s'intéresser à ce genre de
produit en connaissance de cause.
Polaire ou duvet ? D'un avis professionnel, si vous vous rendez en montagne
ou dans un pays froid, il vaut mieux dans votre sac à dos une bonne doudoune
et une polaire sans manche qu'un gros pull polaire, vous gagnerez en chaleur,
confort et en poids. La veste polaire sans manche sera agréable sous
une Gore-Tex lorsque vous vous trouvez en pleine action sous le soleil, les
bras ne sont pas engoncés et restent bien libres, la doudoune sera la
bienvenue le soir au camp de base, coupe vent et plus rapidement chaude que
la polaire.

ENTRETIEN
Lors des premiers lavages à 30° maximum et sans adoucissant, votre
pull peu boulocher ( phénomène peu important sur les polaire de
qualité ), pas de panique, c'est le surplus de fibres qui forme de petites
boules avant de disparaître, le boulochage se stabilisera après
quelques utilisations. Mettre votre pull au séchoir permettra d'évacuer
plus rapidement le surplus de fibres. L'aspect neuf de la polaire ne perdure
pas, à l'usure ( des frottements et des lavages ) les fibres vont quelque
peu se compacter et devenir plus raides, mais là aussi le phénomène
va se stabiliser après quelques lavages. Le tissu polaire n'en perdra
pas pour autant ses caractéristiques et son efficacité.
Le Duvet... délicat un lavage de doudoune..., en machine à 30
° avec un savon très doux et prévu pour la plume, essorage
délicat. C'est lors du séchage que tout le travaille commence,
toutes les 2h00 à 4h00 secouez énergiquement votre veste et chaque
compartiment, à l'aide de vos mains essayez de séparer l'amalgame
de duvet aggloméré en boules dans chaque compartiment. Le séchage
d'une veste duvet peut prendre 3 jours. Pour redonner un bon gonflant et lorsque
le plus gros de votre veste sera tari vous pouvez mettre votre doudoune dans
le séchoir 1h00 ( vitesse rapide et chaleur faible ) avec une bonne dizaine
de balles de tennis. Pour ceux qui n'ont pas ce type de machine, vous pouvez
battre le duvet à l'aide d'une latte ou d'une règle, plus vous
battrez et plus le duvet retrouvera un bon gonflant. Il sera impératif
de réimperméabiliser le tissu de la veste après chaque
lavage. Pour les vêtements de marque Valandré, cette société
assure l'entretien de sa marchandise, moyennant payement bien évidement.
( Source photo : catalogue du magasin snow and rock de Londre )
