Le Textilles de 1 er couche

Bienvenu dans le casse-tête du textile spécifique randonnée et montagne. Certains pratiquent la randonnée en pull de laine, lodens, jeans et baskets... mais alors pourquoi avoir inventé ce que l'on définit comme vêtement technique et qui remplit les rayons des boutiques spécialisées... ?

La marche, comme dirait un certain Benoit Poolveorte, n'est jamais qu'une succession de chutes rattrapées et est à la portée de n'importe quel individu. En jeans ou en gore tex, en laine ou en polaire, en vibram ou en sandalettes, le but c'est de mettre 1 pied devant l'autre.

Oui mais,...comme dans tous les sports, si l'on veut progresser, se sécuriser, apprendre, aller plus haut, plus loin, plus dur, augmenter le confort ... la technicité s'impose à un moment donné. Le textile est l'une de ces progressions que chaque randonneur ne peut plus ignorer si un jour il veut aller au-delà de la ballade et du tour du pâté de maisons.

Tous les éléments textiles mis en vrac pourraient être un véritable fourbi. Essayons de voir un peu plus clair dans cette jungle en avançant progressivement tout au long de 3 articles textiles.

LE CORPS HUMAIN

Petit rappel du fonctionnement de notre corps pour mieux comprendre par la suite celui de la technicité des vêtements.

Le matin lors de la mise en route de notre organisme, les muscles sont sollicités pour soutenir et faire avancer notre " carcasse ". Sollicités d'autant plus que l'effort demandé sera important.

Les muscles fonctionnent un peu comme un moteur de voiture. Sans trop entrer dans les détails : les muscles ont besoin de carburant pour produire un effort. Ce carburant ( les glucides ) est fourni par la nourriture. L'effort produit une hausse de la température, le moteur chauffe, un système de refroidissement se met en route, la circulation sanguine apporte aux muscles du liquide ( de l'eau ). Cette eau fournit aux muscles la possibilité de se refroidir ( de maintenir le corps à une température de 36.8° ) et de drainer les déchets produits par la combustion des éléments solides ( protides, lipides, glucides...).

 

Les pores de la peau servent un peu de pot d'échappement et de soupapes de régulation thermique. L'eau du corps ( 80% de notre constitution ) aide à ce rôle et s'évapore vers l'extérieur avec les déchets. C'est là qu' apparaît la transpiration et la principale cause de l'élaboration des vêtements techniques. Au repos, le taux d'évaporation est de +- 0,12 L d' eau à l'heure. En marchant normalement, sans trop d'efforts ce taux est de +- 1,0 L à l'heure. Lors d'une course à pied, le taux d'évaporation sera proche des +- 2.2 L d'eau à l'heure, et en activité physique très intense on peut perdre jusqu'à 3,0 L à l'heure.

Ces exemples démontrent également l'importance d'une bonne hydratation lors d'activité physique. Sans eau, les muscles n'ont plus la possibilité ni de se refroidir, ni d'évacuer les déchets produits par la combustion du travail musculaire. Cela se manifeste ( outre par la soif ) dans un 1 er temps par un état de fatigue, dans un 2 em temps par l'apparition de crampes produites par une accumulation de résidus ( l'acide lactique ), dans un 3em temps c'est la t° corporelle qui augmente, étourdissements, maux de tête. La suite sera dans les cas extrêmes : l'insolation, la déshydratation et ... la mort. Les vêtements ont un rôle principal de protection contre : le vent, le soleil, la pluie et le froid qui sont également de fortes sources de déshydratation.

Revenons à la transpiration. Cette dernière est donc le résultat d'un effort produit et d'un bon fonctionnement de notre corps, mais elle est aussi la principale source d'ennui des fabricants de vêtements. Pour que le corps fonctionne correctement, cette transpiration doit pouvoir s'échapper le plus vite possible dans l'atmosphère... et c'est là que les vêtements empêchent le processus de bon fonctionnement, ils la retiennent prisonnière contre le corps.

Cette vapeur d'eau fini par retrouver son état liquide et imbibe toutes les fibres qui vous entourent. Au contact de l'air cette transpiration se refroidit et produit ce que beaucoup connaissent : une sensation de fluide glacial dans le dos ( surtout lorsque l'on remet son sac à dos ), un refroidissement du corps ( principalement lorsque les muscles arrêtent de produire un effort ), une sensation de moiteur et puis... les odeurs,n'en parlons pas!

Le refroidissement provoqué par l'humidité dans des régions très inhospitalières peut être très dangereux et amener le corps très rapidement dans un état d'hypothermie.

Concernant les odeurs, ces dernières sont provoquées par la décomposition bactérienne des déchets transportés par l'évaporation de l'eau, mais aussi à une réaction chimique qui voit ces déchets ( sels et acides ) s'insinuer dans le tissu. Plus le vêtement conserve la transpiration et les sels et plus la prolifération microbienne et bactérienne sera importante. L'odeur peut également être plus forte chez les sujets qui ne s'hydratent pas correctement ( le peu d'eau qui s'évapore transporte plus de déchets ), et par les personnes qui consomment comme " liquide de refroidissement " des boissons fermentées, vin et bière notamment ce qui augmente sensiblement l'effet de " mauvaise odeur ".


Voilà pourquoi les fabricants dans les années 80 se sont penchés sur ce problème de l'évacuation de la transpiration, afin de vous garantir une meilleure hygiène, un meilleur confort, et par conséquent une meilleure sécurité. Le problème fut résolu par ce que l'on appelle les vêtements techniques dont le seul but est de permettre de continuer le travail fourni par notre organisme en évacuant le plus loin possible et le plus rapidement possible cette humidité résiduelle tout en garantissant une action de protection contre les éléments extérieurs.

Ce travail s'effectue par un procédé qui est appelé le multicouche. Beaucoup connaissent la dernière, le GORE-TEX, mais aussi bonne soit cette dernière couche, sans le respect des précédentes elle ne pourra jamais vous fournir une entière satisfaction ni fonctionner de manière optimum.

LE MULTICOUCHE

Le principe du multicouche est le suivant : il existe 2 procédés. Un premier qui nous concerne directement, composé de 3 couches, et, un procédé d'expédition composé de 6 couches. Ce dernier sera vu en détail dans notre page textile 3.

La 1er couche est composée des sous-vêtements, ceux qui sont en contact direct avec la peau. La 2 em couche est la couche d'isolation pour la chaleur, et la 3 em couche protège du vent et de la pluie.

Dans cette page on va s'attarder sur le :

TEXTILLE DE 1 er COUCHE.

Dans la tenue du montagnard, le système multicouche est reconnu comme le plus efficace et le plus polyvalent pour permettre une température de +- 28° entre les vêtements. Mais ce que l'on sait moins, c'est que la couche cruciale est celle qui est contre la peau, c'est elle qui assure les échanges directs de chaleur et de transpiration avec le corps et les autres vêtements. Il est rare que cette couche fasse l'objet de toute l'attention du randonneur qui se retrouve souvent enveloppé dans du coton.

Le coton est à proscrire tout comme d'autres produits qui seraient 100% naturels. Ces fibres végétales ou animales, sont dites hydrophiles. Elles absorbent l'humidité et à notre grand malheur elles la retiennent et sèchent très lentement, d'où le frisson bien connu constaté à l'arrêt de l'effort.

Les fibres synthétiques à base de polyester ont fortement évolué. Elles absorbent moins bien l'humidité mais laissent passer plus facilement la vapeur d'eau. Elles sèchent très rapidement. Elles sont dites hydrophobes. Pour remédier au problème d'absorption, les concepteurs ont inventé des fibres synthétiques ébouriffées sur la face interne du vêtement, et des fibres à canaux de drainage vers l'extérieur. L' objectif recherché et la fonction la plus importante des sous-vêtements actifs, c'est d'empêcher tout refroidissement en éloignant l'humidité de la surface de la peau et en la véhiculant vers l'extérieur où elle pourra être dispersée pour faciliter le séchage ( ou le transfert vers d'autres couches qui continueront le travail ). Ce procédé permet de rester au sec dans l'effort et ce, même si le vêtement donne une impression d'humidité sur sa face externe. Il peut rester chaud, même mouillé, et il sèche rapidement. De part cette fabrication, la face externe du vêtement sera hydrophile et la face interne sera hydrophobe.

L'inconvénient des sous vêtements synthétiques, c'est leur manque d'élégance et leur particularité de conserver les odeurs. Inesthétiques, mais efficaces. Les fabricants se sont quand même penchés sur le problème de la beauté du produit pour lui donner un côté plus mode ces dernières années. Pour ce qui est des odeurs, les fabricants apportent à leur vêtement des traitements anti-bactériens et anti-odeurs, efficaces sur la durée de vie normale du produit. L'anti-bactérie empêche la réaction chimique entre l'acide de la transpiration et la fibre elle-même. C'est cette réaction qui provoque une partie des mauvaises odeurs.

L'efficacité par l'exemple: faites bouillir de l'eau. Lorsque celle ci produit de la vapeur, placez un tee-shirt de coton sur le bec de la bouilloire. Vous constatez que votre tee-shirt s' imbibe d'eau, que la vapeur ne passe pas, que ce dernier se refroidit avec l'eau qu'il a accumulée et sèche lentement. Renouvelez l'expérience avec un tee-shirt synthétique. Non seulement, vous constatez que la vapeur passe mieux mais aussi que le tissu se charge moins d'humidité. Cela lui permettra de sécher avant de se refroidir.

Pour information, le coton a un pouvoir de rétention d'eau de plus de 10 %, la laine 4 % et les fibres synthétiques qui constituent notre base moins de 0,1%.

Les tissus synthétiques peuvent être travaillés différemment en fonction des fabricants. L'épaisseur peut varier pour apporter plus ou moins de chaleur. On peut retrouver ces tissus sous la forme de tee-shirt, de pantalons, de chaussettes, de sous gants, de caleçon et même de brassière pour femmes. Plusieurs sortes de fibres peuvent être mélangées ( même avec une petite partie de fibres naturelles ) pour apporter une finition et des caractéristiques différentes. Chaque marque a son propre système, mais la plupart sont en 100% Polyester...

Parmi les principales on retrouve :

Le Coolmax : La fibre de DuPont réalisée selon le principe de canaux de drainage. Chaque brin possède 4 gouttières qui agissent comme autant de drains pour transférer l'humidité du corps vers l'extérieur du tissu. Les fibres sont 20% plus denses que les fibres synthétiques classiques, l'évaporation de l'humidité en est facilitée. Le Coolmax est la fibre la plus performante pour l'assèchement de la peau, le transfert de la transpiration et son évaporation. Elle est la fibre qui assure le mieux le rafraîchissement du corps, été comme hiver, le Coolmax sèche vite et ne garde pas les odeurs.

Le " + " son confort et son efficacité, le " - " son prix.

Le Dry Flo : Système propre à la marque Lowe Alpine, performant, agréable, disponible dans une multitude d'articles différents et en épaisseur variable. La composition 60% Polyester 30% Nylon et 10% Lycra, en fait un vêtement isolant actif qui assure le confort contre la peau. Le Dry Flo recueille l'excès de transpiration et l'entraîne à l'écart du corps pour éviter tout refroidissement. Composé d'une contexture serrée de fibres à l'intérieur et d'une contexture ouverte de fibres encore plus fines à l'extérieur. La fine structure intérieure absorbe l'excès de transpiration et le véhicule vers l'extérieur où celui-ci se dispersera sans vous refroidir. L'humidité ainsi dispersée sur l'extérieur du vêtement lui permet de s'évaporer beaucoup plus vite que sur du coton. Le vêtement en Dry Flo sèche très rapidement.

Le " + " le confort, l'efficacité et la légèreté, le " - " vêtement très chaud, pas recommandé lors de température extérieure très importante.

( Image 1 = absorption du Dry Flo, image 2 = absorption du coton. Image 3 = système d'évaporation du Dry Flo, image 4 = le coton. ).

Le Thermastat : Fibres polyester creuses de DuPont, légères et chaudes sont ses principales caractéristiques. Conseillé pour les activités hivernales. Le Thermastat est actuellement le meilleur isolant connu pour la réalisation des sous-vêtements. Il ne conserve pas les odeurs et sèche rapidement. Le principe de construction est basé sur des fibres dont le coeur est creux, tout comme pour le Coolmax mais en plus chaud.

Le " + " confortable et chaude, le " - " le look...

La Soie : La chaleur la plus légère est apportée par la soie. A épaisseur égale, elle est plus chaude que toutes les fibres synthétiques. Elle peut absorber jusqu'à 30 % de son poids en humidité et l'évacuer vers l'extérieur. Cette fibre naturelle qui joue dans la cour des synthétiques fonctionne un peu de la même manière. Elle a le désavantage de sécher moins vite que les fibres polyester. La soie ne froisse pas, ne provoque aucune odeur désagréable et est anallergique. Conseillée pour la saison estivale et sous un nombre de couches limité.

Le " + " facile d'entretien, légère, confortable, bon pouvoir d'absorption et de transfert d'humidité, le " - " prix souvent plus élevé, sèche lentement, plus délicat.

Chaque fabricant propose son système qui porte des noms différents, mais tous fonctionnent de la même manière. Certains sont plus performants que d'autres, ou le look sera plus sympa chez l'un que chez l'autre. Parmi les autres produits performants on peut retenir les marques suivantes :

Odlo thermique, Patagonia avec la capilaine, Millet avec les carlines,Helly Hansen qui est pionnier dans les vêtements techniques avec le lifa 100% polypropylène, Ulfrotté avec un mélange de polyester et de laine, Peak Performance et enfin Rhovyl.

La saturation : Si l'activité physique est très intense, le principe d'évacuation de la transpiration peut ne plus suivre. Chaque tissu ou système est prévu pour pouvoir évacuer un certain nombre de litres par heure, et pas plus. Pour remédier à cet excès d'humidité, ouvrir un peu plus les aérations si elles sont disponibles ( exemple : les tirettes sous les bras ), retirez une couche ou choisir une couche plus fine. Dans l'extrême, réduisez l'effort produit.

L'entretien : Pour tous vos vêtements techniques, qu'ils soient synthétiques, polaires ou Gore-Tex, ne JAMAIS utiliser d'adoucissant, ni eau de Javel. Laver avec un savon doux, max 35°, pas d'essorage pour le Gore-Tex, pas de séchoir. Pour les saletés tenaces vous pouvez utiliser la lessive liquide " ACE délicat " directement sur les éventuelles taches.

Voilà, je pense que vous savez tout sur le textile de 1 er couche et sa raison d'être. Retenez le principal : ces vêtements techniques sont conçus pour permettre une meilleure évacuation de la transpiration, donc moins d'humidité résiduelle et plus de confort. Ils seront indispensables au bon fonctionnement des couches suivantes.

Le tee-shirt coton restera l'idéal quand on veut se décontracter.